Les Instruments De Musique
Le Clavecin
Instrument de musique à cordes pincées pourvu d'un clavier. Le clavecin fut inventé en Europe entre la seconde moitié du XIVe siècle et le début du XVe siècle. La sonorité directe, tranchante et pleine de ses cordes de métal pincées, qui donne de la clarté aux lignes mélodiques, le fit rapidement apprécier. Le clavecin se révéla particulièrement approprié au contrepoint, musique composée de deux ou trois mélodies jouées en même temps, comme celle de Jean-Sébastien Bach et de ses contemporains.
Il fut très largement utilisé du XVIe à la fin du XVIIIe siècle, période à laquelle il fut remplacé par des instruments à cordes frappées, le pianoforte puis le piano. Au XXe siècle, le clavecin connut une nouvelle vogue, notamment dans l'interprétation de la musique baroque, mais aussi dans la création contemporaine, comme en témoigne par exemple le Continuum für cembalo (1968) de G. Ligeti.
Construction et mécanisme
Le clavecin a souvent la forme d'une aile, comme un piano à queue ; mais il est plus étroit et plus long, et sa caisse tout comme ses éléments internes sont plus légers. D'autres formes de clavecin ont également été construites. Elles ont pour nom le virginal, petit instrument rectangulaire qui fut très utilisé en Angleterre au XVe et au XVIe siècle ; l'épinette, petit clavecin polygonal ; et le clavicythérium, moins commun, tout en hauteur. Du XVIe au XIXe siècle, on employa indifféremment les termes d'épinette et de virginal. Certains clavecins sont décorés ou sont ornés d'une peinture (parfois signée Bruegel, Rubens ou Van Dyck) sur l'intérieur du couvercle, qui reste ouvert durant l'exécution.
Quelle que soit leur forme, tous les clavecins ont le même mécanisme. Pour chaque corde, une petite patte, le plectre, est montée dans une fine cale de bois, ou «sautereau», qui se trouve à l'intérieur, tout au bout de la touche. Quand on appuie sur le devant de la touche, l'autre extrémité se soulève, et le plectre pince la corde.
Le sautereau est agrémenté d'un mécanisme d'échappement, pour que le plectre puisse coulisser sans pincer à nouveau la corde quand la touche revient à sa position de repos. Comme le volume et la sonorité produits par le pincement ne dépendent pas de la force avec laquelle on appuie sur la touche, diverses méthodes furent employées pour modifier le son du clavecin. Beaucoup de clavecins possèdent deux cordes pour chaque touche, avec une rangée de sautereaux pour chaque ensemble de cordes. Des jeux, ou registres, permettent à l'instrumentiste d'écarter légèrement les sautereaux des cordes dont il ne désire pas jouer, de façon à créer différents volumes et combinaisons de timbres. Un jeu peut donner un son, une octave au-dessus de la tonalité habituelle : c'est le jeu à 4’(4 pieds), le jeu normal étant à 8’. Quelques clavecins allemands du XVIIIe siècle eurent un ensemble de cordes dont le son était une octave au-dessous de la tonalité habituelle (16’).
Les clavecins ont fréquemment deux claviers, que l'on peut utiliser ensemble ou séparément pour obtenir des variations supplémentaires du timbre et de la puissance. Typiquement, un clavecin à deux claviers du XVIIIe siècle a un peu de cordes à 8’ et 4’, dont on joue avec le clavier inférieur, et un autre jeu à 8’ commandé par le clavier supérieur, ainsi qu'un mécanisme de couplage.
Histoire
Le clavecin fut mentionné pour la première fois en 1397 sous le nom de clavicembalum. Il est décrit vers 1540 par un savant de la cour de Bourgogne. La première école de fabrication de clavecins se développa au XVIe siècle en Italie. La différence entre les clavecins italiens et les autres réside dans le fait que les premiers furent généralement construits dans des bois de très grande qualité. Une deuxième école se développa dans les Flandres, aux XVIe et XVIIe siècles, autour de la très influente famille Ruckers. Ces écoles s'effacèrent au XVIIIe siècle, au profit d'autres styles de fabrication développés en France (la famille Blanchet), en Allemagne (la famille Hass) et en Angleterre (Jacob Kirckman). Les clavecins des différentes écoles nationales se différencient par certains détails de leurs proportions et de leur fabrication, qui entraînaient parfois des différences très importantes dans le timbre de l'instrument.
Développements récents
Au XXe siècle, la fabrication de clavecins évolua dans deux directions. La première utilisa des principes de fabrication modernes, inspirés de ceux utilisés pour les pianos. Sous l'influence de la claveciniste polonaise Wanda Landowska, ce style, fondé sur l'utilisation de cordes très grosses fortement tendues, s'affirme pleinement dans les clavecins du facteur de pianos français Pleyel. Bon nombre de morceaux pour clavecins ont été écrits au XXe siècle pour ces instruments. D'autres fabricants essayèrent de retrouver les méthodes traditionnelles de fabrication pour retrouver le son des anciens instruments. Inaugurée par le facteur germano-anglais Arnold Dolmetsch, puis illustrée par l'Allemand Martin Skowroneck, cette école utilisa un ensemble de cordes légères dans une caisse à très grande résonance. Ce sont les copies artisanales méticuleusement exécutées d'élégants clavecins flamands, français et italiens que préfèrent de nos jours la plupart des clavecinistes, bien qu'il soit possible de trouver d'excellents instruments créés à partir de modèles de clavecins de l'Allemand Hieronymus Hass et de l'Anglais Jacob Kirckman.
Répertoire musical
Au XVIIe siècle, le compositeur italien Girolamo Frescobaldi, le compositeur anglais John Bull et les compositeurs allemands Dietrich Buxtehude et Johann Pachelbel composèrent pour le clavecin. Mais c'est surtout à partir de la fin du XVIIe siècle que le clavecin gagna véritablement la faveur des compositeurs et que furent écrites les pièces les plus marquantes : François Couperin (Pièces pour clavecin, 1730), Jean-Philippe Rameau (Pièces pour clavecin, 1706 et 1724, Nouvelles Suites pour clavecin, 1728), Domenico Scarlatti (qui composa plus de cinq cents Sonates pour clavecin), mais aussi Georg Friedrich Haendel et Jean-Sébastien Bach (les Six Suites anglaises et françaises, le Clavecin bien tempéré et les Variations Goldberg) portèrent le clavecin au sommet de ses possibilités.

